« Un enfant de neuf ans doit assister aux funérailles de sa grand-mère, même si, bien sûr, il va beaucoup pleurer ». J. Urra, psychologue et médiateur pour enfants, nous parle de la façon d'élever nos enfants pour qu’ils soient en mesure de faire face aux adversités de la vie.

 

Votre dernier livre s’intitule Renforcez votre enfant, un guide pour faire face aux adversités de la vie. Pensez-vous que les enfants d'aujourd'hui ne sont pas prêts à surmonter les adversités de la vie?

Je suis sûr qu’ils ne sont pas prêts. Mais ce n'est pas la faute des enfants, c’est la faute des adultes qui, avec leur affection et leur amour pour leurs enfants, les surprotègent. Il existe une croyance selon laquelle l'enfant ne souffre pas. Avant nous, il y a eu des psychologues et des pédagogues qui se sont beaucoup trompés en disant qu’il fallait taire certaines choses aux enfants pour éviter les traumatismes.

Par exemple, la grand-mère est décédée, l'enfant est âgé de 9 ans et les parents se demandent : on l’emmène à l’enterrement ? Naturellement, l'enfant doit assister aux funérailles de sa grand-mère. Bien sûr que, s’il y va, il va beaucoup pleurer, mais il doit quand même y aller, car il a le droit de pleurer la perte de sa grand-mère et parce que pleurer est thérapeutique. Nous ne pouvons pas lui cacher la réalité. La vie, c’est ça. L'enfant doit savoir que la vie a des moments spectaculaires, d'autres ennuyeux, d'autres, nostalgiques, et d'autres, durs.

Il faut enseigner aux enfants à se débrouiller dans le doute, à se débrouiller dans le conflit, à se débrouiller dans la rupture, parce que tout fait partie de la vie.

Devons-nous emmener un enfant de 10 ans dans un hôpital?

Oui, bien sûr.

Pour quoi faire?

Pour qu’il voit qu'il y a beaucoup d'enfants malades. L'enfant apprendra à savoir ce qui est important. Être en bonne santé est important, parce que nous sommes vulnérables et il n'y a aucune garantie que, demain, nous serons bien.

Si vous faites grandir l'enfant dans une boîte en verre, quand les choses se corsent, il sera comme le verre, qui est très dur, mais très fragile. D'un coup, tout se casse.

Il faut transmettre à nos enfants que nous sommes vulnérables, mais, face à un malheur ou un impact vital, nous possédons des armes pour nous réadapter à la nouvelle situation. Compter sur ces armes ne va pas leur épargner la souffrance. Autrement dit, ils recevront le même coup, mais ils auront plus de chance de s’en sortir.

Comment expliquez-vous la mort à un enfant de 6 ou 7 ans?

Je pense que chaque enfant doit avoir un animal de compagnie. Ça peut être un chien ou une petite tortue. Avec un animal, l'enfant apprend qu’il faut s’en occuper, lui donner à manger, lui donner de l’affection, et que, parfois, un animal tombe malade et il arrive un jour où il meurt.

Si le téléphone portable se casse ou tout autre chose, le père en achètera un autre. Quand un animal meurt, il ne suffit pas de dire: «je vais en acheter un autre ». L'enfant va se rendre compte qu’entre lui et l’animal, il y a un lien qui ne pourra pas être le même en achetant un autre animal de compagnie. Cet animal est unique.

La perte fait partie de la vie. Il faut comprendre que, parfois, une personne disparaît. Comment le dire? Et bien, c'est pour ça qu’existent les contes, les films, le matériel didactique, et notre propre expérience. Souvent, les enfants sont silencieux et pensent, ils n'osent pas poser de questions, mais ils sont attentifs. Ce qu’on ne peut pas ou ne doit pas faire c’est dire: «grand-mère s'est endormie » parce que c’est tromper l’enfant car il pensera: «et moi je peux rester endormi aussi ? ».

Comment éduquer un enfant pour qu’il soit une personne forte?

La première chose consiste à éviter de tomber dans la dynamique de « laisser-faire ». Le «laisser-faire» est le pire système éducatif qui existe. Un enfant a besoin de conseils. Lorsque vous lui racontez une histoire, le lendemain, il vous demande que vous la racontiez de la même façon que le jour précédant. Il ne veut pas que vous changiez les mots car il a besoin d’avoir des limites. Il a besoin de certaines heures pour aller au lit, même si c’est pour les ignorer. Il a besoin d’être encadré, sinon, il prend des libertés.

Il faut éduquer selon les valeurs fortes: la fidélité, l'engagement, l’humilité, la simplicité, la compassion, le pardon...

Je pense que nous devrions féminiser la société, pas efféminer, féminiser, la rendre plus sensible. La couverture du livre est ainsi parce que j’ai demandé qu’y figurent un homme avec son fils. En voyant le mot « force », uni à l’image d’un père et de son fils, on comprend que ce qu’il veut c’est muscler son fils, et c’est ainsi, mais le muscler émotionnellement. Muscler dans le sensible, dans le sourire, en relativisant... Faire un enfant plus élastique, plus souple, lui donnera une vie où les claques qu’il recevra ne vont pas l’abattre. Il faut mettre les enfants face à la réalité, parce que nous les aimons.

Que diriez-vous à toutes ces mères qui ont un enfant de six ans et disent: «je n’en peux plus de mon enfant »?

La phrase «je n’en peux plus de mon enfant » est inacceptable. C'est une phrase impuissante et le plus terrible est qu’il y a des pères et des mères qui la disent devant l'enfant. Ils disent: « moi, je n’en peux plus de cet enfant ».

Cela ne peut pas être dit, parce qu’on ne peut pas le penser, comment n’allez-vous pas pouvoir en étant un adulte ? S’il pique une crise de colère, il ne la gagnera pas. S’il pleure tout l’après-midi, qu’il continue s’il le veut. Mais cette situation, nous allons la gagner nous, car nous sommes des adultes.

L'enfant doit se rendre compte que, peu importe de bluffer 3 minutes ou de pleurer 32 heures, car il va obtenir la même chose. « J'ai dit que je ne vais pas acheter ça et je ne vais pas l’acheter ». Une fois que l'enfant voit qu’avec le chantage de la colère il n'obtient pas ce qu'il veut, nous sommes sur la bonne voie.

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